Dépendance affective : comment la reconnaître et s’en libérer pas à pas ?
L'article en bref
- La dépendance affective provient souvent d’un mal-amour vécu dans l’enfance : absence de valorisation, manque d’affection, surprotection, blessures d’abandon ou de rejet qui créent un vide intérieur et une faible estime de soi.
- Elle se manifeste par la peur d’être seul(e), la suradaptation, le besoin d’être apprécié et la difficulté à dire non, ce qui pousse à s’effacer, à douter de soi et à devenir une proie idéale pour les manipulateurs.
- S’en libérer nécessite une prise de conscience, des petites actions quotidiennes et la construction progressive de l’autonomie émotionnelle, en posant des limites, en arrêtant les contacts toxiques, en se reconnectant à ses besoins et en célébrant chaque victoire.
Comment reconnaître la dépendance affective ?
- J’ai besoin de quelqu’un pour vivre, j’ai le sentiment, la croyance que je ne peux pas vivre seul(e)
- Je porte la blessure d’abandon et ou de rejet.
- J’ai besoin d’être apprécié (e), j’ai besoin d'exister dans le regard de l'autre ainsi je vais me sur-adapter. Je vais tout faire pour être apprécié(e), aimé(e).
- Je vais m’adapter au désir de l’autre, à ses besoins en oubliant complètement les miens.
Est-ce que je connais mes limites et est-ce que je suis capable de dire NON sans peur d’être rejeté(e) ?
Si la réponse n'est pas spontanément oui, il est préférable de se rapprocher d'un expert en relation d'aide.
D’où vient la dépendance affective ?
Bien souvent, elle prend racine dans l'enfance.
La personne dépendante est incapable d’exister par elle-même. Elle fait preuve de mimétisme total avec ceux dont elle dépend. Ainsi, elle adopte leurs opinions, leur style de vie, leurs caractéristiques physiques et/ou vestimentaires.
Elle a ce besoin d’être accompagnée, d’être prise en charge. Elle a besoin de l’autre pour vivre pleinement cela engendre un sentiment d’insécurité, elle a peur de se retrouver seul(e). C’est nécessaire voire vital pour elle. Bien souvent cela mène à un mauvais choix de partenaire car elle a tellement besoin de combler le vide en elle qu’elle risque de choisir une personne qui ne sera pas forcément en adéquation avec ses valeurs, ce qui sur le long terme engendrera de la souffrance.
Problème affectif dès l'enfance : exemple concret
Je n’ai pas été valorisé(e) quand j’étais petit(e), félicité(e). Je n’ai pas reçu de signe d’amour, de tendresse, d’affection, d’empathie, de bienveillance. Ou tout simplement je n’ai ressenti aucun intérêt de la part de mes parents d’être là. Cela peut venir aussi d'un manque d'encouragement, de reconnaissance, de soutien, d'écoute, de félicitations . Il se peut également que je sois été été victime de maltraitance ou tout simplement que j’aie souffert de l’absence d’un ou deux parents. Les nourritures affectives ont été inexistantes pour moi. Ce qu'il est nécessaire de comprendre c'est que c'est propre à chacun.
Les conséquences psychologiques : estime de soi, suradaptation, peur du monde
Dans cette famille, plutôt que de risquer le rejet ou la critique, j’ai choisi d’apprendre à ignorer mes besoins ou à croire qu’ils étaient faux. J'ai ignoré mes émotions ou je les ai considéré comme sans importance. Les autres étaient plus importants… et pour garder leur amour il a bien fallu que je sois très attentionné(e) et que j'apprenne à taire mes besoins.
C’est pour cette raison qu’une fois à l’âge adulte, je vais essayer de réparer cette enfance où l’amour n’était pas présent selon moi.
Il se peut aussi que j’aie eu des parents surprotecteurs qui m’ont communiqué l’idée que j’étais vulnérable et que le monde est plein de dangers et que je peux y survivre à condition que j’écoute les personnes expérimentées en l’occurrence mes parents.
Si je suis une personne dépendante cela signifie que j’ai une très faible estime de moi. Je ne m’aime pas du tout, je crois que je ne vaux rien, que je suis une incapable du coup donc j’ai très peu confiance en moi, j'ai besoin du soutien et de l'aval de quelqu'un(une).
Comment la reconnaître au quotidien ?
Quand la dépendance ouvre la porte aux relations toxiques
De ce fait, si je suis au contact de personnes au comportement narcissique, je n’aurai aucune objection quand je serai dévalorisée, je laisserai l’autre prendre tout l’espace publique. Je deviendrai une ombre laissant briller celui ou celle qui veut briller et qui se croit spécial(e) et le (la)meilleur(e). Je serai souvent ébloui(e) par le(la) manipulateur (trice).
J’ai une profonde méconnaissance de qui je suis réellement. Je ressens un grand vide que je vais essayer de combler à tout prix, quand je dis à tout prix c’est que je suis prête à tout pour satisfaire les besoins des autres. ( co-dépendance) Dans l’unique but d’obtenir un peu d’amour et de reconnaissance. J’ai besoin de voir que j’ existe en m’adaptant continuellement aux désirs des autres. J’ irai jusqu’à m’effacer et me sacrifier pour plaire et ne pas être rejeté(e)et abandonné(e). Le(la) manipulateur(trice) veut satisfaire coûte que coûte tous ses désirs et besoins, je suis une proie rêvée pour lui.
Le conseil de votre thérapeute en relation d'aide
Comme je manque d’estime de moi, je vais me prouver que je peux séduire. Ainsi, je prends le risque de ne jamais en faire assez. Je dis OUI à tout, je me mets dans un moule pour plaire cela peut aller jusqu’à la dépersonnalisation du SOI c’est-à-dire à ma perte d’identité.
C’est pour cela que je me laisserai séduire par de belles paroles, tellement j’ai besoin d’entendre du bien de moi. J’ai besoin de sécurité, de ressentir que quelqu’un me protège et très souvent je tombe entre les mains d’un(e) manipulateur(trice), jouant le rôle du beau sauveur. Je suis du coup rassuré(e )à court terme. Très souvent, je me lie à un être qui aime se valoriser, se sentir important, sauveur, puissant, contrôlant, qui aime sentir son pouvoir absolu sur moi, pouvant dominer. Savoir que j’ai obligatoirement besoin de lui va le soulager . De plus, je suis toujours dans le sillage d’un héros, comme le manipulateur, et cela lui va bien car il sait que je n’aurai jamais la possibilité de le devancer car je n’ai pas conscience de mes compétences.
Le(la) manipulateur (trice) a constamment besoin d’être admiré(e), c’est pour cette raison qu’il tentera tout pour garder une personne dépendante comme moi. Il aime dominer et posséder l’autre. Pour moi, savoir qu’il me possède, le fait de lui appartenir est rassurant.
Les signes internes : doute, peur, culpabilité et perte de repères
Suradaptation et difficulté à décider
J’ai une très bonne capacité à m’adapter à l’autre, ne m’exprimant pas, évitant la contrariété pour éviter le rejet je suis la proie idéale d’un manipulateur pervers narcissique. Je suis toujours en mode suiveur, car je ne tente jamais rien. Je ne prends aucune initiative. Je vis dans le sillon de quelqu’un d’autre. J’ai beaucoup de difficulté à mener un projet. J’évite de prendre des responsabilités car j’ai peur d’échouer car je crains d’être rejeté(e) socialement. En résumé j’ai beaucoup de mal à prendre des décisions seul(e) j’ai besoin d’être conforté(e) dans ma démarche, j’ai besoin de l’aval d’une tierce personne. Je cherche sans cesse la réassurance car j’ai peur de faire les mauvais choix. J’ai besoin constamment d’être soutenu(e).
Peur de ne pas être “assez”
Je vis continuellement avec la peur de ne pas être assez bien, beau(belle), gentil(lle)…pour mériter l’amour et l’attention des autres.
Auto-doute et paralysie
Ceci me fait douter de moi, est ce que j’en ai assez fait ? Est-ce que j’aurais pas pu faire mieux, donné un peu plus, être plus présent… ???
Ce doute m’empêche de voir mes vraies qualités et compétences, ainsi quand j’aurai besoin d’avoir confiance en moi, ce ne sera pas possible. Le doute me paralyse, m’empêche de me réaliser pleinement et de poser des actions.
Le conseil de votre thérapeute en relation d'aide
La dépendance émotionnelle est proportionnelle à mon niveau de doute. Plus je doute de moi et de mes capacités, plus j’ai besoin d’une tierce personne à mes côtés. C’est la raison pour laquelle les manipulateurs pervers narcissiques sont les rois pour semer le doute dans la tête de leur proie. Comme ils ont une habileté verbale très prononcée, une capacité de persuasion remarquable, ils mélangent le vrai au faux pour bien déstabiliser. Leur discours sera composé de mots qui vont réactiver le doute de façon permanente. Par conséquent, comme toute personne dépendante je reste figé(e) face à leurs reproches et décisions. Ainsi, je me ligote moi-même. Car le doute de soi est auto-destructeur.
Croyances négatives renforcées
Mon cerveau pense de plus en plus que sans les autres, sans cet autre, je ne vaux rien, je vais échouer et çà le manipulateur me l’a répété à maintes reprises. Donc j’ai cette croyance, cette certitude en moi.
L’emprise comme fausse sécurité
Le manipulateur crée l’environnement de la personne dépendante. Aussi absurde que cela puisse paraître, la relation toxique devient, par la répétition de mots et d’attitudes, sécurisante. Comme la personne dépendante se sent en sécurité, protégée, elle ne voit pas qu’elle est sous emprise.
Culpabilité et perte d’estime
Comme toute personne dépendante, j’ai toujours peur de mal faire, de mal me comporter, de blesser les autres, j’ai une forte tendance à culpabiliser. N’ayant plus confiance en moi, ce sera un jeu d’enfant pour le manipulateur pour me rendre responsable de tout ce qui ne va pas. La culpabilisation étant une arme favorite du manipulateur pervers narcissique.
Le conseil de votre thérapeute en relation d'aide
Plus j’ai besoin de la présence de quelqu’un pour vivre, plus cela indique que je n’ai pas confiance en moi. Plus je vais douter de moi, plus mon niveau d’anxiété va grandir. Plus je vais ruminer et plus je vais avoir cette sensation de tourner en rond et de revivre toujours les mêmes choses.
Quand une relation prend fin, je me sens impuissant(e) face à cette nouvelle solitude. Je vais chercher à remplacer tout de suite mon(ma) compagnon(gne). J’ai beaucoup de mal à faire le travail de deuil de la relation car çà me confronte à un vide immense en moi qui génère une grande anxiété.
Comment s’en libérer ? Les étapes concrètes
La clef est de se libérer du mal être pour s’autonomiser.
Étape 1 : Prendre conscience de la dépendance
Avant toute chose, pour qu’il y ait changement, il est nécessaire qu’il y ait une prise de conscience, c’est-à-dire reconnaître que je suis une personne dépendante voire co-dépendante.
Étape 2 : Créer de la valeur personnelle par l’action
- Je vais devoir créer de la valeur personnelle, montrer à mon cerveau que je peux être fier(e) et content(e) de moi en passant par l’action. L’action est beaucoup plus puissante que les mots, comme se répéter des phrases positives par exemple. Car le cerveau fonctionne au comportement, aux habitudes.
- Je vais évaluer ensuite les résultats de mes actions même infimes et interpréter ces résultats qui sont là pour me prouver que je suis capable d’y arriver seul(e).
Étape 3 : Avancer avec des petits défis réalisables
Pour se faire, je dois me lancer des petits défis réalisables afin de ne pas me mettre la barre trop haute. Cela pourrait provoquer un échec, chose que je redoute le plus. J’évite donc de me mettre en situation d’échec. C’est la raison pour laquelle, je fais un petit pas chaque jour.
Alors, j’ai la possibilité de me convaincre que j’ai des ressources en moi pour faire face aux défis comme celui de rester seul(e). Ainsi, je me rends compte que je suis en mesure de réussir des choses de façon autonome sans les autres. (exemple : partir en vacances seul(e)) J’ai atteint mon objectif ! je n’oublie pas de me féliciter et de célébrer !!
Étape 4 : Préparer le sevrage affectif
Ces petites actions vont me permettre de vivre beaucoup mieux le sevrage de la dépendance affective / amoureuse.
La prise de conscience de mes ressources, qualités, compétences va progressivement m’amener vers l’autonomie émotionnelle.
Quand je n’aurai plus peur d’être rejeté(e) et abandonné(e), je vais pouvoir faire des objections, dire NON, m’affirmer, poser mes limites. Je serai libre de penser, d’être et d’agir peu importe que le résultat plaise ou pas à mon environnement.
Étape 5 : Mettre en place les actions concrètes du sevrage
- Transformer cette addiction à l’amour extérieur en addiction à la vie.
- Ne pas trouver d’excuses à l’autre, noter chaque chose négative.
- Quand la relation est terminée, me laisser le temps de vivre le deuil, ne pas utiliser de pansement (reprendre quelqu’un tout de suite)
- Je ne tente pas de récupérer l’autre en mode « drogué » cela implique « j’ai besoin de ma dose, de mon shot pour vivre"
- Stopper et arrêter tous contacts.
- Ne pas revoir l’autre de manière idéalisée comme pour des sorties, cinéma, weekend… car cela indique que je reprends mon shot.
- Faire une liste de tout ce qui ne va pas chez l’autre et la regarder à chaque fois que j’ai envie de renouer.
- Soigner mon enfant intérieur car la rupture ravive les blessures de l’enfance.
- J’arrête de m’identifier à ce que les autres pensent ou disent de moi.
- Apprendre à me connaitre, découvrir comment je fonctionne.
- Définir mes besoins, et mes limites
- M’entourer de très bons amis qui me tirent vers le haut et me soutiennent.
- Me ressourcer au contact de la nature et des animaux.
- Faire du sport.
- M’apporter beaucoup d’amour et de bienveillance.
- Satisfaire mes besoins.
- Me féliciter et célébrer chaque petite victoire, chaque petit défi réalisé.
Conclusion : Vers l’autonomie affective
L’important n’est pas d’être aimé mais de s’aimer.
Ne plus chercher le bonheur à l’extérieur mais le créer à l’intérieur de soi.
L’autonomie affective c’est au départ s’éloigner de ceux que l’on aime et çà commence par les parents. Puis, c’est de voir que ses efforts d’autonomie sont renforcés et encouragés par ceux là mêmes dont on s’éloigne. Faute de quoi, la culpabilité sera trop grande et découragera tout effort d’autonomie.
Le sevrage émotionnel et la mise en place de ces actions pour renforcer l’estime de soi et retrouver l’autonomie affective et/ou amoureuse vous permettront d’accéder à l’amour inconditionnel.
Écoutez mes articles en podcast
Si vous préférez la version audio, n'hésitez pas à écouter l'épisode 7 de mon podcast :
